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Volume XXXIV, Numéro 2, Automne 2009

LA SANTÉ MENTALE ET LA LOI : ENJEUX ÉTHIQUES, SCIENTIFIQUES ET ORGANISATIONNELS

Éditorial

Anne G. Crocker, La santé mentale et la loi : enjeux éthiques, scientifiques et organisationnels, p.7

Dossier : Santé mentale et justice

Annie Frappier, Luc Vigneault,Steve Paquet, À la fois malade et criminalisé : témoignage d’une double marginalisation p.21

Hélène Fradet, Entre la judiciarisation et l’intervention médico-psychosociale : la réalité des membres de l’entourage des personnes atteintes de maladie mentale p.31

Bernard Keating, Les droits du patient : une menace pour les soignants ? p.39

Daniel L. Ambrosini, Anne G. Crocker, Les directives psychiatriques anticipées (DPA) et le rôle de l’autonomie p.51

H. Archibald Kaiser, Lois en matière de santé mentale au Canada : reconnaître et rectifier une situation problématique p.75

H. Archibald Kaiser, Lois en matière de santé mentale au Canada : accélérer la réorientation du navire de l’État p.93

Jean Toupin, Robert Pauzé, Nadine Lanctôt, Caractéristiques des jeunes contrevenants qui reçoivent des services dans les Centres jeunesse du Québec p.123

Denis Lafortune, Marion Vacheret, La prescription de médicaments psychotropes aux personnes incarcérées dans les prisons provinciales du Québec p.147

Annie Jaimes, Anne Crocker, Évelyne Bédard, Daniel L. Ambrosini, Les Tribunaux de santé mentale : déjudiciarisation et jurisprudence thérapeutique p.171


MOSAÏQUES :

Nancy Leblanc, Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH) au préscolaire : nature, évaluation et traitement p.199

Kareen Nour, Brita Brown, Nona Moscovitz, Marijo Hébert, Alan Regenstreif, Le Projet PIE : une stratégie prometteuse de dépistage des aînés qui présentent des problèmes de santé mentale p.217

François Sirois L’intervention brève en psychiatrie de consultation-liaison p.237



À la fois malade et criminalisé : témoignage d’une double marginalisation
Annie Frappier, Luc Vigneault, Steve Paquet

Basé sur deux entrevues semi-dirigées effectuées auprès de personnes qui vivent des problèmes de santé mentale et qui ont vécu des périodes d’incarcération, cet article explore leurs points de vue sur les systèmes de la santé et de la justice. Leurs témoignages illustrent le clivage qui semble exister entre les besoins des personnes atteintes de trouble mental et les soins qui leur sont prodigués. Les auteurs concluent qu’il existe une difficile jonction entre besoins et services qui semble provenir de sources diverses (préjugés, manque de formation du personnel, processus administratif complexe) et les éléments qui la facilitent apparaissent peu nombreux (entraide entre les détenus, organismes d’aide aux personnes ayant un trouble mental).

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Entre la judiciarisation et l’intervention médico-psychosociale : la réalité des membres de l’entourage des personnes atteintes de maladie mentale
Hélène Fradet

Dans cet article, l’auteure examine l’impact de la judiciarisation des personnes atteintes de maladie mentale sur les proches. Elle soumet l’hypothèse qu’une offre de service plus diversifiée réduirait le recours à la judiciarisation de ces personnes et atténuerait par le fait même les effets souvent dévastateurs sur les membres de l’entourage. Selon l’équation des familles, plus les services seront développés et adaptés, moins fréquemment les proches devront avoir recours aux tribunaux et moins régulièrement les personnes atteintes de maladie mentale se retrouveront derrière les barreaux.

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Les droits du patient : une menace pour les soignants ?
Bernard Keating

Au cours des dernières années, les groupes de défense des droits des personnes atteintes de troubles mentaux ont obtenu des résultats importants dont l’adoption de politiques de réduction des mesures d’isolement et de contention. Ces politiques témoignent d’un consensus à l’effet que la coercition doit être utilisée uniquement en dernier recours et dans des circonstances exceptionnelles. L’attention grandissante sur les droits des personnes ayant un problème de santé mentale suscite des réactions qui sont très peu abordées dans la littérature. En effet, il n’est pas rare d’entendre les soignants se demander si les patients ne jouissent pas de plus de droits qu’eux-mêmes. Cet article examine cette interrogation de deux perspectives : d’une part, l’auteur tente de cerner ce qu’elle traduit de l’expérience des soignants, d’autre part il identifie les enjeux éthiques et juridiques des politiques des programmes de réduction des mesures d’isolement et de contention.

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Les directives psychiatriques anticipées (DPA) et le rôle de l’autonomie
Daniel L. Ambrosini, Anne G. Crocker

Bien que les directives psychiatriques anticipées (DPA) soient ancrées dans l’éthique de l’autonomie, le lien entre les deux reste imprécis. Les DPA sont des documents juridiques qui permettent aux personnes qui vivent avec un problème de santé mentale de spécifier leurs préférences de traitement advenant une incapacité future. Le rapport entre l’autonomie et les DPA a été abordé en termes tant légaux et éthiques que philosophiques, mais il n’a pas été clairement opérationnalisé sur le plan clinique. L’autonomie est une valeur éthique fondamentale qui englobe la notion d’indépendance face à des influences contrôlantes externes, ainsi que la capacité mentale de prendre ses propres décisions. Les personnes qui vivent avec un problème de santé mentale ont parfois besoin d’aide pour bien comprendre leurs droits éthiques et juridiques en matière de choix autonome, alors que les intervenants professionnels doivent être mieux formés quant à l’importance de l’autonomie dans leur pratique clinique. La capacité de consentir au traitement est le préalable d’ordre mental qui assure que les personnes ayant des troubles mentaux sont en mesure de rédiger des DPA en toute connaissance de cause, alors que l’autonomie est la valeur qui leur donne le pouvoir de contribuer à leur rétablissement.

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Lois en matière de santé mentale au Canada : reconnaître et rectifier une situation problématique
H. Archibald Kaiser

Cet article examine les nombreuses contradictions de la législation en matière de santé mentale au Canada et tente de discerner des moyens de réorienter le politique générale du gouvernement. Dans un premier temps, l’auteur présente un aperçu des traits principaux des lois provinciales et territoriales en santé mentale, qui s’avèrent pour la plupart coercitives. L’article examine ensuite l’échec de la Charte canadienne quant à ses promesses aux personnes atteintes de troubles mentaux. L’auteur soutient que la législation en santé mentale reste ancrée dans le modèle médical, alors que d’autres paradigmes qui font la promotion des droits humains pourraient transformer le programme législatif.

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Lois en matière de santé mentale au Canada : accélérer la réorientation du navire de l’État
H. Archibald Kaiser

Dans cet article, l’auteur répertorie certaines perspectives prometteuses de l’évolution des lois en matière de santé mentale et présente des façons d’évaluer l’état et les progrès de la législation, s’inspirant des organismes internationaux et des efforts concluants d’autres pays. Il examine des facteurs qui pourraient contribuer à l’évolution de ces lois au Canada et conclut qu’il y a des manières cohérentes de changer de direction, bien que, dans ce domaine législatif piégé, personne ne saurait formuler de prédiction fiable.

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Caractéristiques des jeunes contrevenants qui reçoivent des services dans les Centres jeunesse du Québec
Jean Toupin, Robert Pauzé, Nadine Lanctôt

Cette étude établit le profil psychologique comparatif des adolescentes et des adolescents au moment de l’application des mesures dans des centres jeunesse du Québec, de même que les caractéristiques familiales et sociales de ces jeunes. La recherche compare 213 adolescents (12-17 ans) qui reçoivent des services en CJ en vertu de la Loi sur les jeunes contrevenants, à 213 adolescents en provenance d’écoles secondaires en milieu défavorisé. Les résultats révèlent des difficultés d’adaptation sérieuses, des troubles extériorisés, des troubles intériorisés et une consommation régulière de substances psychoactives chez plusieurs jeunes contrevenants. Ces difficultés sont beaucoup plus fréquentes en CJ qu’en population juvénile. La situation des adolescentes est inquiétante, car s’ajoute une prévalence élevée de dépres­sion et de victimisation sexuelle. Enfin, les familles dont l’adolescent reçoit des services en CJ ont moins de ressources financières, personnelles et sociales, et davantage de difficultés dans l’exercice du rôle parental que celles de la population générale. En conclusion, des recommandations sont formulées sur les services psychosociaux requis par les jeunes et les familles.

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La prescription de médicaments psychotropes aux personnes incarcérées dans les prisons provinciales du Québec
Denis Lafortune, Marion Vacheret

Dans cet article, les auteurs tentent de mieux cerner la pratique de la prescription de médicaments psychotropes auprès des personnes incarcérées dans les prisons provinciales du Québec. Bien que la prescription de ces médicaments s’avère le « traitement psychiatrique » le plus utilisée, rares sont les études qui portent sur sa prévalence. L’étude porte sur un échantillon de 671 personnes détenues, soit 500 hommes et 171 femmes. Globalement, 40,3 % des incarcérés ont reçu au moins une ordonnance de médicament psychotrope dans la période comprise entre 2002 et 2007. Les résultats démontrent que les femmes sont plus susceptibles d’avoir fait usage de médicaments que les hommes. Les personnes incarcérées ayant reçu au moins une prescription sont en moyenne plus âgés que les autres. Une majorité d’ordonnances a été émise par des omnipraticiens et les cas de polypharmacie sont nombreux. Sur une période de cinq ans, la classe de médicaments la plus prescrite est celle des anxiolytiques/hypnotiques, suivie des antidépresseurs et des antipsychotiques. Les auteurs concluent qu’il faudra analyser davantage les facteurs associés à la prescription de cette classe de médicaments auprès des personnes criminalisées.

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Les Tribunaux de santé mentale : déjudiciarisation et jurisprudence thérapeutique
Annie Jaimes, Anne Crocker, Évelyne Bédard, Daniel L. Ambrosini

Au Québec comme ailleurs en Amérique, la désinstitutionalisation, le manque de ressources et de services communautaires de santé mentale de même que les changements législatifs ont contribué à une augmentation des probabilités que des personnes atteintes de troubles de santé mentale aient des démêlés avec la justice. Les Tribunaux de santé mentale constituent une forme de déjudiciarisation, basée sur des principes de jurisprudence thérapeutique, qui prend forme au cœur des activités de la Cour. Cet article présente une synthèse critique de la littérature scientifique sur le sujet. Les auteurs exposent d’abord le contexte psycho-légal dans lequel ont émergé les Tribunaux de santé mentale puis décrivent le fonctionnement et les objectifs de ces entités judiciaires. L’article décrit ensuite le Plan d’Accompagnement Justice et Santé Mentale (PAJ-SM), le premier projet pilote de tribunal de santé mentale à Montréal, et le premier en son genre au Québec. On examine ensuite les études d’efficacité de ces institutions et les enjeux des programmes de déjudiciarisation. Les défis et les limites inhérents aux tribunaux spécialisés et la recherche qui les concerne sont discutés, ainsi que certaines alternatives tant au niveau de l’intervention que des méthodes de recherche. Les auteurs concluent que si les Tribunaux de santé mentale offrent des pistes prometteuses, ils ne constituent pas une panacée aux problèmes complexes situés à l’interface de la santé mentale et de la justice. Ces initiatives ne devraient pas occulter les autres mesures de déjudiciarisation en amont, ni la question centrale de l’accès aux services de santé mentale et de leur adéquation aux besoins des diverses clientèles.

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Le Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité (TDAH) au préscolaire : nature, évaluation et traitement
Nancy Leblanc

Le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) représente le problème de comportement le plus fréquemment diagnostiqué chez les enfants d’âge scolaire. Bien que de plus en plus d’enfants d’âge préscolaire se retrouvent en consultation clinique pour des symptômes typiques du TDAH, peu d’études ont porté sur la nature, l’évaluation et le traitement du trouble à cet âge. Cette recension des écrits porte sur la nature, l’évaluation et le traitement du TDAH au préscolaire. Les principales thématiques passées en revue sont : la prévalence, la symptomatologie, l’étiologie, les comorbidités, les conséquences sur le développement normal et l’adaptation de l’enfant, l’évolution des symptômes du préscolaire au scolaire, les difficultés reliées au diagnostic, les modalités d’évaluation, le traitement psychosocial et le traitement pharmacologique.

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Le Projet PIE : une stratégie prometteuse de dépistage des aînés qui présentent des problèmes de santé mentale
Kareen Nour, Brita Brown, Nona Moscovitz, Marijo Hébert, Alan Regenstreif

Environ 50 % des aînés qui ont un problème de santé mentale ne reçoivent pas les services en lien avec leur situation. Le Projet PIE (Prévention-Intervention-Éducation), une stratégie de dépistage proactif mise sur l’implication des sources de référence non traditionnelles, nommées liaisons communautaires, pour identifier et référer les aînés vers le CSSS. Les auteurs présentent l’évaluation de ce projet qui démontre des résultats encourageants. En plus d’être utile, pertinent et efficace pour dépister ces aînés et leur offrir l’aide nécessaire, le projet PIE semble aussi un moyen d’accroître le sentiment de solidarité sociale.

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L’intervention brève en psychiatrie de consultation-liaison
François Sirois

Cet essai présente un point de vue sur l’intervention brève en psychiatrie de consultation-liaison basée sur l’expérience subjective des patients, tel que soutenu par Kendler en 2005 dans l’American Journal of Psychiatry dans sa prise de position contre le réductionnisme biologique en psychiatrie, pour ne pas confondre l’approche de l’esprit avec celle du cerveau. L’auteur présente certaines particularités de l’approche du problème et de l’évaluation, suivies d’une discussion des principes de l’intervention afin de préciser les enjeux et les dimensions du travail psychiatrique dans ce contexte particulier.

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